Archives de catégorie : L’homoparentalité: géo-politique

Éditorial: L’homoparentalité et sa place dans le monde d’aujourd’hui

Depuis les 40 dernières années, l’homoparentalité est le sujet de grands débats. Pour certaines personnes, ce sujet est encore tabou.  En effet, les sociétés portent un regard particulier sur l’homosexualité.  Surtout si ceux-ci veulent fonder une famille. L’homoparentalité est un sujet rempli de préjugés, comme l’idée selon laquelle les parents homosexuels risquent de mal  élever leurs enfants. Ou encore que ceux-ci deviennent à leur tour homosexuels. ( Fassin 2008) Nous visons ainsi à briser les préjugés qu’on se fait sur l’homoparentalité. L’enjeu premier de ce débat reste l’intérêt des enfants.  Homoparentalité désigne une situation familiale où au moins un adulte serait homosexuel et est parent d’au moins un enfant (Gross, 2003).  Mis à part l’orientation sexuelle de ce parent, il n’y a aucune différence entre l’homoparentalité et la parenté, alors pourquoi est-il si important de les séparer?

Nous allons ainsi aborder la dimension sociologique, psychologique, politique et géographique de la question.  Cala va nous permettre de comprendre comment peut évoluer un enfant dans un cadre de parent de même sexe. Sur le plan sociologique, il s’agit de comprendre  comment ce nouveau modèle de la famille réussit à s’intégrer au niveau social. D’une autre part au niveau psychologique, on vise à comprendre les impacts sur le développement de l’enfant.

Au niveau politique, le Canada a une grande avance pour la reconnaissance des droits des parents homosexuels dans le monde.  Ne pas avoir de droits légaux d’adopter des enfants, de pratiquer l’insémination ou même le simple droit d’être reconnu légalement comme étant un couple homosexuel est dévastateur et discriminatoire pour les minorités sexuelles (Descoutures et autres, 2008).  D’un point de vue géographique, l’exode urbain de la communauté gaie illustre bien que la modernisation des mœurs est nécessaire pour l’intégration des minorités sexuelles, car une fois bien acceptée par sa communauté, les couples homosexuels voulant fonder une famille, sont prête à quitter les métropoles pour élever leurs enfants tout comme le fait les familles hétérosexuelles (Leroy, 2005).

Nous avons ainsi un regard critique sur la question, notamment parce que l’homoparentalité constitue une dérivation du modèle commun de parents (avec un père et une mère). (Ambert, 2003)  Le fait d’avoir deux parents de même sexe ne constitue pas un traumatisme en somme pour l’enfant.   Alors, pourquoi toujours vouloir différencier homoparentalité et parentalité?  Nous pensons que ce terme devrait disparaitre peu à peu pour simplement laisser place à la parentalité, peu importe l’orientation sexuelle des parents.

Une publicité anglaise pour l’homoparentalité qui des préjugés.

Vincent Coutu et Sofia Jaafar

Médiagraphie :

Livre :

DESCOUTURES, Virginie, et al., Mariages et homosexualités dans le monde, Paris, Édition Autrement, 2008, 220 p. (Coll. Mutation/sexe en tous genres)

GROSS, Martine, L’homoparentalité, 1er éd., Paris, Presse Universitaires de France, 2003, 121p. (Coll. Que sais-je?)

FASSIN, Éric, L’Inversion de la question homosexuelle, Paris, édition Augmentée, 2008

AMBERT, Anne- Marie, Les couples de même  sexe et Les famille homoparentales, Tendances contemporaines de la famille, Université York, L’Institution Vanier de la famille, 2003

Article :

LEROY, Stéphane, « Le Paris gai. Éléments pour une géographie de l’homosexualité », Annales de géographie, [En Ligne],  vol. 649 (6/2005), p. 579-601, dans CAIRN (Page consultée le  4 mars 2015)

VECHO, Oliver , Homoparentalité et développement de l’enfant : bilan de trente ans de publications, Presse Universitaire de France, Janvier , 2011, [En ligne] , http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=PSYE_481_0271&DocId=185866&Index=%2Fcairn2Idx%2Fcairn&TypeID=226&BAL=an.8E0%2FGqJ.JQ&HitCount=28&hits=5869+585c+5689+5623+5548+4d7d+4958+3ee7+3ed2+3480+3224+3199+3096+2f86+2db8+28cc+27f1+20bf+1d7f+d29+c06+8ca+8a3+7c0+3c2+3a7+c0+1+0&fileext=html#hit1,(consulté le 3 février 2015)

L’homoparentalité et le droit

Les couples homosexuels, voulant fonder une famille, devraient-ils avoir les mêmes droits que les couples hétérosexuels?

Source: https://farm3.staticflickr.com/2245/2073760015_f1863e165c_o.jpg
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Au Canada, la question de la place des couples homosexuels ainsi que de l’homoparentalité a grandement évolué depuis les 15 dernières années.  En effet, la Cour supérieure du Canada a, en 1998, modifié la loi sur la régie des rentes pour offrir aux couples homosexuels les mêmes droits de concubinage que les hétérosexuels au plan des impôts, les assurances, l’assistance sociale et les pensions de réversion.  Ces modifications offrent également le titre de conjoint et conjointe au partenaire du même sexe.  En ce qui concerne les droits et lois parentaux, l’attribution de pension alimentaire peut être accordée en cas de rupture ou de divorce du couple. (Leroy-Forgeot et Mécary, 2001).

http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/societe/201306/14/01-4661499-homoparentalite-1000-bebes-quebecois-nes-de-deux-meres.php

Ces évolutions législatives font pencher plusieurs spécialistes sur la question à savoir si les liens entre les enfants de familles homosexuelles et leurs grands-parents sont identiques à ceux des couples hétérosexuels.  Nous savons, de par les bureaux de statistique du Québec de 2000, qu’il y avait 20% de couples lesbiens et 7% de couples gais affirmés, représentant 0,5% des couples québécois, possédaient un ou des enfants de moins de 18 ans (Julien, 2005). Pour examiner empiriquement les liens qu’entretiennent les enfants de familles homosexuelles et hétérosexuelles, le Dr Julien et Bureau ont effectué un test en 2004 avec des familles québécoise et américaine (de San Francisco).  Les résultats démontrent qu’il n’y a aucune différence au niveau des liens entre les enfants et leurs grands-parents autant dans les familles homosexuelles qu’hétérosexuelles.  Il est intéressant de souligner que les États-Unis ne sont pas très favorables aux unions homosexuelles, car ils sont plus du genre traditionnel concernant la famille et que ces résultats démontrent qu’il n’existe pas de problèmes entre les liens des enfants avec le reste de sa famille, peu importe dans quel type d’union qu’ils se trouvent.  De plus, il est démontré que les enfants issus d’un couple homosexuel ont de meilleures relations avec leurs grands-parents que les enfants de familles hétérosexuelles lorsqu’advient une séparation de couple ou divorce.  En effet, statistiquement, dans les couples hétérosexuels, la mère à plus souvent la garde de l’enfant lors de la séparation et que les enfants entretiennent donc une meilleure relation avec les grands-parents du côté maternel que paternelle, alors que dans un couple homosexuel, les deux parents se «partage» la garde des enfants et que ceux-ci peuvent entretenir des relations avec leurs grands-parents autant maternels que paternels.(Julien, 2005) Cependant, il est important de noter que pour les cas d’enfants adoptés, 67% d’entre eux vos privilégier leur relation avec leurs grands-parents biologiques et que 30% vont privilégier leurs grands-parents non biologiques, et ce autant pour les familles homosexuelles qu’hétérosexuelles (Julien, 2005).

 Vincent Coutu

Médiagraphie :

Livre:

LEROY-FORGEOT, Flora, MÉCARY, Caroline, Le couple homosexuel et le droit, Paris, Éditions Odile Jacob, 2001, 203p.

Article:

JULIEN, Danielle, «Liens entre les enfants de familles homoparentales et leurs grands-parents», Homoparentalités, état des lieux,[En Ligne], ERES, 2005, p.363-373, dans CAIRN (Page consultée le 4 mars 2015)

L’homoparentalité est-t-il une réalité qui se limite que dans les «ghettos» gais des villes?

Source: http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Montr%C3%A9al_-_Centre-Sud_-_Village_Gai_1.jpg
Source: http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Montr%C3%A9al_-_Centre-Sud_-_Village_Gai_1.JPG

Les récentes recherches en géographie sur l’homoparentalité et la population homosexuelle démontrent que les homosexuelles privilégient les zones urbaines et les villes  en occident.  Les villes sont souvent synonymes de lieux d’expression, d’affichage et de diversité, ce qui attire l’ouverture d’esprit et le désir des homosexuelles à s’afficher publiquement sans craindre la pression sociale des zones rurales.  Les sociétés traditionnelles que sont les zones rurales sont nocives pour la population homosexuelle, car les valeurs de ces sociétés sont souvent d’origine religieuse, au Québec, et rendent l’homosexualité comme une chose tabou et très mal vue au sein de la communauté.  C’est dans des circonstances comme celles-ci que les jeunes homosexuelles, autant hommes que femmes, vont choisir l’exode urbain où l’ouverture d’esprit est plus grande.  Ce phénomène peut être comparé à un mouvement migratoire de réfugié cherchant asile dans un milieu plus sécurisant pour leur intégrité.

Dans ces milieux densément peuplés, les homosexuels ont un plus grand choix de partenaire, ce qui est une autre raison de cet exode urbain chez les homosexuels.  Est-ce qu’un quartier gai est un ghetto?  Pour la croyance populaire, oui, mais si l’on se penche sur ce que ghetto signifie, on apprend qu’il s’agit d’un «territoire délimité au sein d’une ville où une catégorie de la population est assignée à résidence soumise à contraintes pour en sortir» (Guillaume, 2003).  Donc, les quartiers gais ne sont pas des ghettos, mais seulement des quartiers culturels qu’un certain groupe s’est appropriés.  Historiquement, les quartiers gais sont apparus afin de devenir des lieux de refuge et de solidarité pour les marginaux.  Ces quartiers leur permettaient ainsi de pouvoir se libérer de leur masque et permettre également de rencontrer des partenaires ainsi que des amis.  Au fil des années, la population homosexuelle sent de moins en moins la nécessité de se réfugier grâce à l’évolution des mœurs des pays occidentaux et de l’acceptation progressive de l’homosexualité dans la société.  Alors, les «ghettos» gais sont devenus des attraits beaucoup plus commerciaux et touristiques que d’un lieu de refuge identitaire.  Évidemment, certaines personnes voient encore ces lieux comme étant des refuges, mais il y a un plus grand nombre de ceux que l’on appelle les «hors-ghetto», c’est-à-dire des homosexuels vivant en milieu urbain, mais à l’extérieur des quartiers gais, car ils se sentent plus à l’aise dans la société et se sentent intégré au sein de la communauté.

On arrive enfin à la question de l’homoparentalité.  Avec un plus grand sentiment d’appartenance à la communauté et avec le sentiment d’être plus accepté dans la société, la population homosexuelle vivant à l’extérieur des quartiers gais est souvent plus apte à vouloir fonder une famille.  Il est observé qu’à cette étape, les familles de parents homosexuels se tournent davantage vers les banlieues pour quitter la métropole et élever leurs enfants dans des quartiers plus familiaux.  Ce mouvement est plus fréquent chez les femmes lesbiennes que les hommes homosexuels.  Le fait que les parents homosexuels privilégient les banlieues pour élever leur famille, tout comme les familles hétérosexuelles, vient illustrer la possibilité de vivre en communauté dans un milieu familial et ce peu importe l’orientation sexuelle des membres de cette communauté.

Vincent Coutu

Médiagraphie:

LEROY, Stéphane, « Le Paris gay. Éléments pour une géographie de l’homosexualité », Annales de géographie, [En Ligne],  vol. 649 (6/2005), p. 579-601, dans CAIRN (Page consultée le  4 mars 2015)

LEROY, Stéphane, « La possibilité d’une ville. Comprendre les spatialités homosexuelles en milieu urbain », Espaces et sociétés, [En Ligne], vol. 139 (4/2009), p. 159-174, dans CAIRN (Page consultée le 4 mars 2015)

Retour sur un entrevue d’un représentant syndical

Source: http://pixabay.com/p-437513/?no_redirect
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Afin de vérifier nos connaissances sur le sujet de l’homoparentalité, nous avons eu en entrevue un membre d’un syndicat qui a dû défendre une employée homosexuelle qui a eu de la difficulté à obtenir un congé pour s’occuper de sa conjointe.  Pour des raisons de confidentialité, nous ne divulguerons pas les noms des personnes interrogés, le nom de l’entreprise et le nom du syndicat.

Les employés de l’entreprise ont droit de prendre des congés d’obligations familiales, ce qui consiste en un congé pour s’occuper d’un membre de sa famille en cas de maladie, naissance d’un enfant, ou autres obligations similaires.  Dans le cas de notre entrevue, l’employée a fait une demande de congé d’obligation familiale, mais c’est retrouvé à justifier la raison de son congé.  En temps normal, la demande est acceptée rapidement et sans questions.  L’employeur a donc commencé à poser des questions indiscrètes à l’employée, qui ne s’était pas encore affirmée comme étant lesbien et en relation avec une autre femme.  Se sentant discriminée, elle a demandé de l’aide auprès de son syndicat pour que cette situation ne se reproduise pas à l’avenir pour ne pas embarrasser d’autres employés qui ne veulent pas s’affirmer dans leur milieu de travail, de crainte de se faire ridiculiser.  Heureusement, intervention fut brève et les employeurs de l’entreprise se sont sensibilisés sur ce point.  Nous avons également appris qu’il est possible aux employés homosexuels des entreprises, syndiqués, de fonder une famille sans obstacle ont points de vue des droits auxquels ils ont droit et que certaines branches des syndicats se spécialisent dans la protection des droits des employés homosexuels et que diverses ressources leur sont accessible.  L’une de ces organisations qui viennent en aide à la communauté gaie du Québec est la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) http://www.cdpdj.qc.ca/fr/droits-de-la-personne/motifs/Pages/orientation-sexuelle.aspx.  Il existe également beaucoup d’autres ressources auxquelles les travailleurs homosexuels du Québec peuvent se tourner en cas d’injustice ou de discrimination.  Heureusement pour nous, le Québec est beaucoup plus avancé sur l’acceptation de l’homosexualité que la majorité des autres pays du monde.